Tokyo - September 2004

Textes de Ken Kurashima, Nadya de Bourmerdès, Georges Freris,
Aurélien Bambagioni, une moniale occidentale, Anne-Marie Pochat,
Linden Blossom, Marc-Williams Debono, Ezio M. Insinna, Eugénie Kuffler,
Ilke-Angela Maréchal, Anne Lafortune


A PRAYER FOR JAPAN

Je suis né exactement 10 ans jour pour jour après la bombe d'Hiroshima. Ce jour là, eut lieu à Hiroshima la première Conférence internationale contre les bombes atomiques et à hydrogène. J'aime le Japon et les japonais. En 2004 j'ai séjourné une semaine à Tokyo (à Shibuya-ku exactement) et j'ai pu ressentir la profonde noblesse, la grande générosité et la créativité extraordinaire du peuple japonais.
Aujourd'hui, les conséquences du tsunami du 10 mars 2011 laissent peser sur le Kanto, le Tohoku, le Japon tout entier et même le reste du monde, une épée de Damoclès dont on ne sait même pas si elle pourra être un jour levée. L'arrogance de l'homme envers la nature, la cupidité et l'irresponsabilité semblent s'être donné le mot pour provoquer le drame que les japonais vivent aujourd'hui autour de la centrale de Fukushima. Ce drame, c'est aussi celui de tout être vivant sur notre planète. Une fois encore, l'homme s'est infligé des souffrances et des peines infinies. Et pour faire face à cette catastrophe, des gens nous émeuvent en faisant preuve d'un courage lui aussi infini.... Pensons à ces japonais qui ont perdu des proches, aux blessés, à ceux qui survivent aujourd'hui encore dans des conditions extrêmement précaires. Pensons aussi à ces intrépides employés de la centrale atomique de Fukushima, ces "samouraïs" qui risquent en ce moment même leur vie pour sauver le Japon.
A tous ceux-ci, je dédie ma pièce "Impression Soleil Levant" afin de leur signifier que nous nous associons à leur lutte et pensons très fort à eux.

Impression Soleil Levant  
A tribute to victims of the tsunami (March 11 2011) and to Fukushima's heros

Au moment du séisme du 11 mars 2011, Ryuichi Sakamoto était à Tokyo pour le tournage d'un film et Ken Kurashima - un autre ami pianiste - était à Sendaï. Nadya, une amie pianiste, était à Boumerdès (Algérie) au moment du tremblement de terre du 21 mai 2003. Une autre amie, pianiste également, avait sa famille à L'Aquila (Italie) lors du séisme du 6 avril 2009. Enfin, Jocelyne - une amie très chère - était dans la région de Tchernobyl le 26 avril 1986.

Love and music,      Frederic Rossille      April 1st 2011



LE MESSAGE DE KEN KURASHIMA (Sendaï)

Dear Frederic, Thank you sending your mail. I am in trouble, but I am OK. My family all are OK too. It was very huge earthquake. I think it continued 2 minites. I was in the university at that time. My labolatory is damaged. I will not do my experiment for my study. No water from water plant, No gass for cooking, No erictricity for light continued about 5 or 6 days. To use mail and internet is more late. I am worried with nuclear threat now. I live in near Sendai-city. There are the nuclear plants about 85km distance. I hope the nuclear plants became safe in few days. By the way, I thank your caring of us!!

Friendly, Ken Kurashima (artist)
Sendaï - 20 mars 2011



LE TEMOIGNAGE DE NADYA (Boumerdès)

"Merci pour le morceau, je vous écris et en même temps je l'apprécie, MAGNIFIIIIIIIIIIIIIIIIIIQUE !!!!!!!!! bien sûr on ressent de la douleur, même beaucoup, mais j'ai ressenti aussi une espèce de lueur d'espoir à la fin du morceau, à partir de 01 mn 44sec, c'est superbe !!!!"

" Qu'on le veuille croire ou non, cette compassion que vous exprimez fait beaucoup de bien, et je sais ce que c'est, moi à l'époque du tremblement, je supportais pas les gens qui étaient heureux et qui riaient à haute voix dans d'autres villes, alors que chez nous des gens mourraient, par contre si je sentais de la compassion ça me faisait énormement plaisir, et ça me reconfortait, c'est un peu égoiste comme sentiment une fois que j'y repense, c'est vrai quoi, je suis exactement ces gens là en ce moment, les gens qui rigolaient, on a vu les infos, le Japon, le tsunami..... et tout le truc, mais une fois qu'on a zappé, on en a fini, et on rigole à haute voix si on nous raconte une blague. On ne peut ressentir les choses que si on les vit !! voilà, mais sincèrement je compatis, et si j'avais les moyens j'aurais aidé de tout coeur !! "

Nadya (pianiste)
Boumerdès - 1 avril 2011



LE TEMOIGNAGE DE GEORGES FRERIS (Thessalonique)

Moi aussi j'ai vécu comme un cauchemar la catastrophe du séisme et de tout ce qui a suivi. Je fus surpris, en bon méditerranéen de constater le sang-froid des japonais, leur organisation et leur courage. Je n'arrive pas à saisir leur sagesse ni leur patience et encore moins leur confiance en leurs institutions, qui en ce qui concerne la panique ont su l'affronter avec optimisme. Vivant dans un pays où les tremblements de terre sont une quotidienneté, je m'incline devant leur organisation.

Ces sentiments d'admiration abondent quand je constate aussi leur colère, si délicatement exprimée, non pas envers leur gouvernement mais la Société qui est responsable de l'usine nucléaire.

Ta musique, est d'après moi dans l'esprit du Japon et des japonais, tels que je les ai connus et appréciés. Ta musique décrit, pour moi, le pays et sa culture, tels que je les ai vécus lors de mon très court séjour. En écoutant tes notes je ressens et je revis les impressions de jadis; elles me lient avec ce peuple si courageux et si admirable pour sa lutte de dépasser les problèmes que la nature lui provoque. Félicitations et merci pour ta générosité d'homme spirituel. Car dans ces moments si difficiles, nos amis japonais ont besoin non pas de sécurité, mais de la solidarité mondiale, et je crois que ta musique est un pont entre l'Occident et cet Orient, souvent mal compris.

Georges Freris (professeur de litterature comparée)
Thessalonique - 3 avril 2011



LE TEXTE D'AURELIEN BAMBAGIONI (Paris)

Frédéric,
je vous écris depuis un TGV.
Je suis pris entre le soleil qui se lève sur un champ d'éoliennes et un jeune homme en costume qui dort, affaissé, des écouteurs sur les oreilles.
C'est un beau matin.
Presque japonais.
C'est un beau matin et je me souviens. Je me souviens de ce pays où je voyais le soleil se lever. Celui du Soleil Levant. Celui de la primeur de l'aube perpétuelle. Celui qui faisait s'envoler si tôt les parfums des premiers cerisiers en fleurs.
Pourtant, un matin le soleil ne s'est pas levé. Nous étions dans le Shinkansen, partis très tôt de Kyoto pour Tokyo.
Je me préparais depuis des années à voir enfin le Mont Fuji. A le caresser des yeux. Celui que j'avais tant dessiné, enfant.
Il était là devant moi.
Mais le ciel était bas. Nous étions pourtant en été.
Le soleil rouge n'a pas voulu me le laisser voir.
Et pas une seule fois je ne l'aurais vu. Pas plus de Tokyo que d'ailleurs.
Depuis je le cherche.
Et je garde précieusement cette carte postale où, majestueux, le Mont Fuji domine un Shinkansen qui passe devant lui, direction le nord de l'Archipel.
Je pense à ces nouveaux matins meurtris, ce soleil blessé.
Ces cerisiers irradiés. A ce Fuji San aux neiges éternelles qui ne seront plus jamais les mêmes.
Et je me souviens que mon grand-père avait attendu mon retour en France pour mourir.
Par un beau matin.
Loin du Japon.
Mais si proche aujourd'hui. Encore.

Aurélien Bambagioni(artiste)
mercredi 6 avril 2010, 8h ce matin



LA PRIERE SILENCIEUSE

En fait, j'ai tellement confiance dans la bonté fondamentale de l'Être humain -même si souvent cette bonté est voilée mais elle aura son temps pour pousser et rayonner- que j'ai envie d'offrir juste le silence. Nous sommes des millions à envoyer des souhaits positifs vers le Japon. C'est magnifique mais il faut continuer et le faire très authentiquement, "sans crainte ni espoir".

"Le Silence est d'or". Et pour moi, la bavarde incurable, cette phrase est bien précieuse.

J'ai été très touchée de lire dans les news ce matin les remerciements du premier Ministre japonais et du Peuple japonais... Il n'y a pas toujours que les mots pour exprimer les choses comme vous le comprenez bien en diffusant ce superbe morceau de piano... Alors, confiance et le partage du lien offrant les notes de piano parle déjà assez !

Nous avons aussi de belles lettres de témoignages d'amis japonais (directs ou indirects)... Nous nous sentons très proches de tous les êtres vivants qui souffrent sur Terre. Car, malheureusement, il n'y a pas que le Japon.

Il paraît que l'on ne peut cueillir une fleur sans faire bouger une étoile.

Merci au Peuple Japonais qui nous aide à nous reconnecter à l'essentiel et à être conscient qu'on a toutes, tous, un trésor en soi ! Notre propre Nature qui est à développer pour qu'elle sorte de sa gangue et rayonne pour tous les êtres.

Une moniale occidentale dans le Bouddhisme Vajrayana (Kagyupa)
11 avril 2011



LA LETTRE D'ANNE-MARIE POCHAT (Guadeloupe / Versailles)

Bonjour Frédéric,

Merci pour cet email qui réchauffe le coeur! Et surtout merci pour cette pièce si belle que je ne cesse de l'écouter en peignant.
Je ne suis jamais allée au Japon. C'est un rêve d'entrelacs de culture et de spiritualité: La Tradition dans ce qu'elle incarne de plus haut. Je n'habite pas trop loin d'Haïti où l'apocalypse a eu lieu, car très pauvre. La terreur au fond du coeur, si jamais une réplique pouvait détruire, et détruire encore, des vies, des consciences.. J'ai écrit quelques mots à propos de toiles que j'ai réalisées pour ma commande publique ici sur les risques majeurs...Car nous sommes très concernés, situés sur l'arc des Petites Antilles. Zone à très haut risque sismique car la plaque atlantique pousse par dessous la plaque caraïbe. C'est la subduction.

"Cette onde de la terre
Qui monte vers la lumière
Au travers de la mer
Emerge avec fracas
Exprime les tensions
Comme une colère de la Terre.
Le vivant, si fragile, offert aux remaniements des profondeurs,
Indicible holocauste "

Mes pensées accompagnent les japonais.

Anne-Marie Pochat / Maub (artiste)
12 avril 2011



LE 'HAIKU' OFFERT PAR LINDEN BLOSSOM (Paris)


                  Nos saisons à venir sommeillent

      Tranquilles colombes qu'un éveil en suspend

            Au front du grand voyage

                        Pose en diadème .....



Linden Blossom (artiste)
14 avril 2011



UN POEME DE MARC-WILLIAMS DEBONO

A nos amis nippons, en ce moment de tourmente
A la renaissance du pays du soleil levant.


Cil en ce monde
Hurlé
Du bout du monde
Cil ouï
Tari, retourné
Sismique,
Cil ancré
Au point de non retour
Qui engendra
Le phoenix
De l'entre-deux monde



Marc-Williams Debono (poète)
En pays Vendéen, le 19 Avril 2011



L'APPEL A LA REFLEXION DE EZIO M. INSINNA

C'est le comble de l'ironie que ce peuple déjà victime de l'horreur atomique fasse une telle expérience. Cela démontre une fois de plus que l'orgueil finit toujours par réclamer son tribute. Les japonais, victimes de cet orgueil, ont pris la voie occidentale, jusqu'au bout. Ils ont voulu nous suivre et même nous dépasser dans notre folie de la domestication et l'exploitation de la nature et ils ont créé un univers où l'homme est devenu esclave ou mieux victime des machines.

Je connais l'Asie, et le Japon - où je me suis rendu plusieurs fois - m'avait touché de façon profonde. Mais j'avais été choqué par la vision futuriste de ce pays, dont la jeunesse était devenue aveugle, et cela malgré l'ancrage dans les traditions, omniprésentes dans la vie de chaque japonais.

Je souhaite que le Japon et l'Occident réfléchissent...mais je sais oh combien invraisemblable est aujourd'hui l'abandon de cette voie occidentale.....

Ta musique est très émouvante, Fred, en plus elle a bien ce touché quelque peu japonais.

Ezio M. Insinna (psychologue)
Vins sur Caramy (France), le 20 avril 2011



LE 'HAIKU' D'EUGENIE KUFFLER (Paris)


Tsunami

Vague de fond

Fleur cassée

Valises éparpillées

Jusqu'aux coquilles Saint-Jacques

            de la baie de Tonguy, Chili,

                        ont perdu leur lit



Eugénie Kuffler (artiste)
28 avril 2011



'JAPON AUTREMENT', par ILKE-ANGELA MARECHAL (Principauté d'Andorre)

lorsque des yeux on attrape au vol un sourire
juste avant que les paupières ne soient hâtivement baissées

lorsque à peine esquissée
fragile une sensation se fige dans l'air

lorqu'une émotion se cache derrière le frémir de l'éventail
et que le rire, pour effacer la douleur, a valeur d'éternité

lorsque les humeurs sont uniquement pour ponctuer le temps

lorsque jamais jamais on ne vous dira non

lorsque la souffrance, jalousement intime, se confond aux entrailles
et que c'est là au hara qu'il faudra au couteau aller la tuer

lorsque le ciel prend forme des chrysanthèmes
et indigné par des agissements trop modernes
se voile la face maintenant d'un rideau de fumée

lorsque Dieux et Kami se font plus distants
et qu'au foyer leurs autels se vident de fleurs et de prières

lorsque les monastères s'agitent s'emplissent des blancs étrangers

lorsque chercher le présent au présent, le ciel dans la main et la liberté au coeur,
fait naître le geste juste et un regard qui perce en dedans, encore à peine osé

lorsque l'harmonie calligraphiée dans l'espace immobilise un cri

lorsque la bouche de perfection ne sert plus aucune pensée

lorsque la langue des oiseaux s'apparente à la vôtre
et que pour toucher la nature vous vous absorbez dans les mêmes sons

lorsque l'univers se résume en un mot, en un son
en une seule et unique syllabe....

lorsque oh plaisir extrême, honneur ultime
vous serez l'invité pour le Soleil levant
blanc sur fond bleu, rouge sur fond blanc

lorsque la vie afin qu'elle s'inscrive à notre réel
est sanctifiée dans ses gestes quotidiens

      alors ça s'appelle NIHON,

            testament oublié

                  sacre d'un rêve hors temple

            ou bien

                        Japon Mon Amour.



Ilke-Angela Maréchal (poétesse)
Mis en ligne le 3 Mai 2011



LE MESSAGE DE ANNE LAFORTUNE (Québec Canada)

Merci Frédéric pour me partager ces éclats de conscience de tes amis qui ont été touchés par les événements survenus au Japon le mois dernier. Comme le Japon fut ma première terre aimée où mon âme fut parachutée des années lumières à ce jour, je ne peux rester insensible à l'épreuve qui accable Mon peuple. J'ai pleuré en silence dans un coeur meurtri que seul l'amour peut réconcilier avec l'humanité. Que de belles personnes, des êtres au charisme naturel porté vers la nature. L'Occident a tellement appris d'eux que j'en aurais pour une journée à tout répertorier. Mais ce peuple phoenix relèvera de ses cendres, mon Coeur le prédit et bien plus fort car ils auront terrassé l'Égo de leurs pieds et la Poussière retombera sur ces cendres. Quand j'irai au Japon, je prendrai dans mes bras mes camarades d'autre Vie, j'embrasserai Ma terre sacrée et pourrai respirer résurrection des Miens ! Nous sommes tous Frères.

Anne Lafortune
28 mai 2011




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