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Article paru dans La Lettre du Musicien - 1re quinzaine d'octobre 2001 - n°257
reproduit avec l'aimable autorisation de Michèle Worms (rédactrice en chef)
et de Vincent Rouillon (auteur de l'article)


EMOTION et MUSIQUE
édité par Françoise Russo-Marie et Frédéric Rossille

Les musicologues traitent presque toujours de l'émotion musicale, mais généralement de façon indirecte. Françoise Russo-Marie et Frédéric Rossille ont organisé en juin dernier un concert-conférence - coproduit par les associations Rencontres Art et Science, Plasticités Sciences Arts et les éditions EDK - dont l'émotion constitue le thème explicite. Ce livre publie les différentes interventions. Un CD du concert est joint.


Qu'est-ce au juste qu'une "émotion" musicale ? Quelles fonctions - cognitives, perceptives..., universelles, culturelles... - met-elle en jeu ? A-t-elle un "siège" spécifique dans notre cerveau ? Sur ces considérations générales, trois contributions apportent des éclairages différents. Pour Jorge Antunès, il est possible d'identifier des fragments sonores minimaux pourvus de sens - nommés "sémantèmes" - qui ont le pouvoir de transmettre des significations du type "émotion forte". Il distingue deux catégories de sémantèmes, les "volatas" et les "cascades", aux profils respectivement ascendant et descendant et émet l'hypothèse selon laquelle ils pourraient être des indices universels du langage musical. Plus relativiste, Sergueï Belimov montre, en comparant les cultures asiatique et européenne, la variabilité des critères d'émotion. Toutefois, il note que le timbre - paramètre particulièrement négligé dans la musique occidentale au profit de la hauteur - joue, partout ailleurs, un rôle de premier plan. Selon lui, le retour aux valeurs du timbre représente une condition de l'universalisation émotive de la musique européenne. Enfin, dans une approche plus neuropsychologique, Christian Manuel articule "nature" et "culture" - ou encore émotion et sentiment - en rappelant d'une part que les données de la neuropsychologie clinique et des explorations fonctionnelles indiquent que le réseau neuronal impliqué par la musique est distinct de celui observé dans le langage - et donc le siège du "sens" -, mais que le traitement de l'information musicale varie selon qu'il s'agit, par exemple, de musiciens ou de non-musiciens. D'où, quant à la question de la spécificité de l'émotion musicale, la conclusion qu'elle reste avant tout un "mystère à vivre".

A ces investigations générales suivent des contributions sur trois types d'émotions musicales particuliers. Sylvie Nicephor explore la nature de l'émotion dans la musique sacrée occidentale. C'est à la "sublimation" fauréenne que se consacre Lili De Vooght. Et Hisako Ito évoque la musique du théâtre Nô dont l'émotion musicale symbolise le retour à la nature.

Enfin, et cette fin constitue presque la moitié de l'ouvrage, Frédéric Rossille - pianiste, compositeur et organisateur de la rencontre - reprend, dans un esprit d'émerveillement quasi mystique qui n'exclut cependant pas la rigueur scientifique, bon nombre des interrogations préliminaires. Dans un long texte titré - comme la version verlan (rétrograde, disent les musiciens) du titre du recueil - "La musique de nos émotions", il répond ainsi à la question du pourquoi de nos émotions musicales: "Elles nous servent à nous relier au monde, à faire un avec lui"; à celle de l'immédiateté "naturelle" de ses significations ou de leur représentation "culturelle": "notre esprit construit une représentation interne symbolique (stade cognitif) et cette étape précède nécessairement le stade affectif. L'aptitude à lire le langage émotionnel de la musique est une compétence acquise."

Editions EDK, 10, villa d'Orléans, Paris 14e.
Tél.: 01 53 91 06 06 . Fax: 01 53 91 06 07

La Lettre du Musicien


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