accueil | musique | boutique | profil | mots clefs | nouveautés | sitemap | [english version]


Centenaire Marguerite Yourcenar


Marguerite Yourcenar est née il y a tout juste 100 ans, le 8 juin 1903. Première femme élue à l'Académie française (en 1980), elle est l'auteur de poèmes, d'essais, de pièces de théâtre, de romans historiques (Mémoires d'Hadrien, l'Oeuvre au noir) et autobiographiques (le Labyrinthe du monde).

Portrait d'une musique
par Maria Voda Capusan

"Des sons purs (Nathanaël croyait maintenant préférer ceux qui n'ont pas, pour ainsi dire, subi une incarnation dans la gorge humaine) s'élevaient, puis se repliaient pour monter encore, dansaient comme les flammes d'un feu, mais avec une délicieuse fraîcheur. Ils s'entrelaçaient et se baisaient comme des amants, mais cette comparaison était encore trop charnelle. On eût pensé à des serpents, si ce n'est qu'ils n'étaient pas sinistres; à des clématites ou des volubilis, si ce n'est que leurs délicats enroulements ne semblaient pas fragiles. Ils l'étaient, pourtant; une porte inconsidérément claquée suffisait à les briser. Plus les questions et les réponses se poursuivaient entre violon et violoncelle, entre viole et clavecin, plus s'imposait l'image de balles d'or descendant marche à marche un escalier de marbre, ou de jets d'eau fusant dans les vasques d'un jardin."
Marguerite Yourcenar (Un homme obscur)

Quelle est-elle donc, cette musique que Nathanaël écoute, en essayant de la cerner et qui semble lui échapper chaque fois que ses mots s'acharnent à la contenir. Sa "description", quelle est-elle sinon le constat de l'impuissance même du langage à en rendre compte. Les choses les plus belles, dans leur mouvement, sont appelées à lui venir en aide mais toute comparaison s'avère être hésitante devant cette musique indicible. Jamais la "ressemblance", quelque imparfaite qu'elle soit, qui lie les choses visibles ou même invisibles à l'image que l'homme prétend en donner, ne joue dans le cas de la musique et de la parole qui feint d'en rendre compte. Il n'y a plus de confiance dans le verbe pour nommer la musique. Le monde de la musique, celle créée par les hommes, est un tout autre monde et la parole n'y peut rien. La durée y avance autrement, quand la perfection est soumise au devenir, "mirage", bonheur "qui coule dans le temps". La voix humaine qui chante, elle, se laisse saisir par les mots, de même que le chant des oiseaux ou les bruits, les batailles qui "tonnent", les bêtes qui "mugissent", les carrioles qui "grincent". Tout cela a un nom dans l'univers du langage, nom qui se prononce d'un trait, sans même sentir le besoin de l'affubler de quelque autre qui en préciserait le sens. Pareil pour l'"horrible fracas de battoirs", ce bruit humain qui clot tout concert comme pour souligner la rupture entre la musique et ce qui l'entoure, dans le temps et dans l'espace. Mais le son unique, quand le doigt se pose discrètement sur la touche d'un clavecin, quel est-il, "perle" ou "pleur"? De nouveau, la parole reste impuissante devant l'essence de ce qui la dépasse. Question sans réponse, que Proust s'est posée aussi, et la "petite phrase" de Vinteuil est là pour témoigner de cette aventure infinie des mots qui tentent de surprendre une essence supérieure. Mais chez Marguerite Yourcenar, déjà existe la certitude que ces deux langages humains, parole et musique, restent à jamais clos l'un par rapport à l'autre. Parler musique, pour Nathanaël, c'est parler des "plaisirs" et des "délices" qu'elle fait naître en nous, du coeur qui bat à l'attendre éclore, du bonheur, de la joie qu'elle donne. Mais non la dire elle-même, sinon en tant que "totalité" changeante. On ne peut pas la définir, comme on ne peut pas saisir le mouvement même. La destinée de la musique, se joue entre la mélodie toute humaine d'un Bob Dylan et l'excellence d'une musique autre, celle d'un Mozart, mirage présent mais impossible à déchiffrer. Sinon par la Mort qui joue du violoncelle dans quelque rêve yourcenarien, où il n'y a plus de temps retrouvé.

Maria Voda Capusan
Université Babes-Bolyai, Cluj-Napoca, Roumanie

L'histoire d'un thème musical
par Frédéric Rossille

En 1988, le metteur en scène Eric Podor m'a demandé d'écrire la musique de sa "Cantate d'Antinoüs", adaptation théâtrale des "Mémoires d'Hadrien" de Marguerite Yourcenar. J'ai donc écrit la "Suite d'Hadrien", recueil de pièces pour piano inspirées directement du roman et s'articulant sur ses moments forts. Le personnage d'Hadrien s'est imposé de lui-même sous la forme d'un thème ample, écrit en mesure à 6/4. L'empereur Hadrien était un helléniste passionné et j'ai choisi d'utiliser pour son thème une gamme grecque antique retrouvée sur les rares transcriptions qui nous sont parvenues de son époque. Durant toute l'élaboration du thème, j'ai eu une vision très claire et très présente à l'esprit: celle d'un empereur vieillissant, contemplant du haut d'un promontoire la Méditerranée et son horizon lointain, méditant sur la vanité de l'oeuvre accomplie durant son règne, fût-elle immense.

La "Suite d'Hadrien" a été diffusée lors de plusieurs représentations et événements officiels. Le "Thème d'Hadrien" a ensuite été repris au théâtre et adapté en chanson (Paris, 1989). Une variation pour piano en a été enregistrée sur compact-disc ("Sur la Colline Magique", 1993). Une autre version a été écrite et enregistrée également sur compact-disc au retour d'un séjour à Rome ("Villa Adriana", 2000). Le thème a également servi la littérature poétique. Son adaptation pour trio (piano, violon, violoncelle) a été créée à la Cité Internationale des Arts (Paris, 2000). Avec le concours de Monsieur Rémy Poignault, le compact-disc de la pièce en trio est paru dans le bulletin de la Société Internationale des Etudes Yourcenariennes (2001). Enfin, la pièce a été reprise le 8 mai 2003 par le trio Artis à Cluj-Napoca (Roumanie) dans le cadre du colloque international "Marguerite Yourcenar - Citoyenne du monde" organisé par Madame Maria Voda Capusan.

L'aventure continue aujourd'hui avec cette nouvelle version de concert, dédicacée à l'auteur qui s'est penché avec tant de bonheur sur la destinée d'un empereur romain épris de culture grecque.

Frédéric Rossille
Paris, France, http://frederic-rossille.net


T h è m e   d ' H a d r i e n
Version de concert de la pièce inspirée par les 'Mémoires d'Hadrien'

     L e   F i c h i e r   M I D I ( e x t r a i t )
     L a   P a r t i t i o n   p o u r   P i a n o ( f o r m a t P D F )




Marguerite Yourcenar et l'Univers poétique
Marguerite Yourcenar Citoyenne du monde
Centenaire Marguerite Yourcenar


[cliquez ici]